L’alcool, je ne le vois plus comme quelque chose de banal. Pas quand je regarde les gens que j’aime et que je réalise à quel point ça peut les blesser, les changer, ou même les éloigner de ce qu’ils sont vraiment. On dirait que tout le monde oublie que c’est une substance qui peut détruire la santé, lentement ou brutalement. Le foie, le cœur, le cerveau… rien n’est vraiment épargné. Et pourtant, on continue de faire comme si c’était juste un accessoire de soirée, un truc normal, presque obligatoire pour “avoir du fun”.
Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point les jeunes se sentent attirés par ça. Comme si être saoul, c’était une preuve de liberté, de maturité, ou de courage. Comme si tu devais absolument perdre le contrôle pour prouver que tu sais t’amuser. Mais la vérité, c’est que tu n’as pas besoin d’être saoul pour rire, pour danser, pour vivre des moments mémorables. Les meilleurs souvenirs, les vrais, ce sont ceux dont tu te rappelles le lendemain.Je ne juge pas. Je comprends la pression, l’envie de faire comme les autres, la peur d’être “plate” si tu refuses un verre. Mais je veux juste protéger ceux que j’aime. Leur rappeler que l’alcool n’est pas un jeu, que ça peut déraper vite, que ça peut laisser des traces. Et surtout, leur dire qu’ils valent tellement plus que l’image qu’ils pensent devoir projeter.Avoir du fun, c’est être soi-même, pas être perdu dans un brouillard d’alcool. Et si je parle de tout ça, c’est parce que je tiens à eux, parce que je veux les voir heureux, en santé, et présents, vraiment présents dans leur propre vie.
Ce qui me fait le plus mal, c’est de voir quelqu’un que j’aime se détruire sans même s’en rendre compte. L’alcool, ça commence toujours comme un jeu, un petit verre pour relaxer, pour rire, pour “faire comme tout le monde”. Mais je l’ai vu de près, moi, comment ça peut gruger une personne de l’intérieur. Comment ça peut voler des nuits, des souvenirs, des relations. Comment ça peut transformer un sourire en masque, et un moment de plaisir en lendemain de honte.Je parle pas pour faire la morale. Je parle parce que j’ai eu peur. Peur de perdre quelqu’un. Peur de voir un regard s’éteindre un peu plus chaque fois. Peur de me dire un jour que j’aurais pu dire quelque chose, que j’aurais pu prévenir, que j’aurais pu protéger.Ce qui me brise, c’est de voir les jeunes courir vers ça comme si c’était la clé du bonheur. Comme si être saoul, c’était être vivant. Mais l’alcool, ça ne te donne rien que tu n’as pas déjà en toi. Ça t’enlève juste la capacité de le voir. Tu peux rire sans te détruire. Tu peux t’amuser sans te perdre. Tu peux être libre sans te mettre en danger.Je voudrais juste que ceux que j’aime ou même des gens que je connais pas comprennent ça avant que ça fasse trop mal. Avant que ça laisse des cicatrices qu’on ne voit pas, mais qui restent. Avant qu’un soir banal devienne un souvenir qu’on voudrait effacer. Je veux les protéger, pas les contrôler. Je veux juste qu’ils restent eux-mêmes, entiers, présents, vivants. Parce qu’il n’y a rien de
plus précieux que de voir quelqu’un que tu aimes être bien, vraiment bien, sans avoir besoin de se noyer dans quelque chose qui finit toujours par faire mal. Je peux comprendre de boire un peu sans être automatiquement saoul, mais on devrait prendre l’alcool doucement et en petite quantité avec modération.
Éliane Auger






























